• Le khăn rằn - l’écharpe à carreaux emblématique du Sud du Vietnam
  • Le khăn rằn - l’écharpe à carreaux emblématique du Sud du Vietnam

  • Mis à jour le 7 Oct, 2026       Par: Mila TRAN

Lorsque l’on évoque le Sud du Vietnam, certaines images semblent naturellement indissociables de cette région : les embarcations qui avancent lentement sur les bras du Mékong, les vergers tropicaux, les marchés flottants, les cocotiers qui bordent les petits canaux ou encore la silhouette familière de l’áo bà ba. À cette scène typiquement méridionale s’ajoute un accessoire beaucoup plus discret, mais immédiatement reconnaissable : le khăn rằn, cette longue étoffe à carreaux que l’on porte autour du cou, sur la tête ou simplement posée sur l’épaule. Pour un voyageur qui découvre le Vietnam, il peut sembler n’être qu’un simple foulard traditionnel ; pour les habitants du Nam Bộ, il évoque pourtant tout un univers de souvenirs, de paysages et de gestes du quotidien.
Aujourd’hui encore, le khăn rằn fait partie des symboles les plus facilement associés au Sud du Vietnam et au delta du Mékong. Il apparaît dans les représentations de la vie rurale, accompagne les costumes traditionnels lors des manifestations culturelles et se retrouve également dans les boutiques d’artisanat destinées aux voyageurs. Pourtant, son intérêt ne réside pas seulement dans son motif à carreaux ou dans son aspect pittoresque. Derrière ce morceau de tissu apparemment ordinaire se raconte une histoire faite de migrations, de rencontres entre communautés, de travail quotidien et d’adaptation à un environnement particulier. Pour comprendre pourquoi le khăn rằn occupe une place si singulière dans la culture du Sud du Vietnam, il faut donc regarder au-delà de son apparence.

Qu’est-ce que le khăn rằn ?

Le khăn rằn est un foulard traditionnel particulièrement associé au Nam Bộ, le vaste ensemble culturel correspondant au Sud du Vietnam. Il se reconnaît facilement à son motif quadrillé, obtenu par le croisement de lignes de différentes couleurs, avec une prédominance historique du noir et blanc ou du brun et blanc. Ses dimensions peuvent varier selon les modèles, mais il s’agit généralement d’une étoffe longue et relativement étroite, suffisamment légère pour être portée facilement dans un climat chaud et humide. Cette simplicité explique en grande partie son succès : le khăn rằn n’a jamais été conçu comme un accessoire purement décoratif, mais comme un objet pratique capable d’accompagner de nombreuses activités de la vie quotidienne.
Dans les campagnes du Sud, il pouvait ainsi servir à protéger la tête et la nuque du soleil, à absorber la transpiration pendant le travail ou encore à se protéger de la poussière. On pouvait le nouer autour du front, le porter autour du cou ou le poser sur les épaules selon les besoins du moment. Cette polyvalence est essentielle pour comprendre sa place dans la culture populaire méridionale : le khăn rằn n’est pas un objet que l’on sort uniquement pour une cérémonie ou une représentation folklorique, mais un élément qui s’est inscrit dans la vie ordinaire. C’est précisément cette proximité avec le quotidien qui lui a progressivement donné une valeur symbolique.

Le khăn rằn, noué autour du cou, accompagne depuis des générations les femmes du Sud du Vietnam.

D’où vient le khăn rằn ?

La question de l’origine du khăn rằn est plus complexe qu’il n’y paraît. Il n’existe pas, à ce jour, de date unique permettant d’affirmer précisément quand et où le foulard est apparu sous sa forme actuelle. Les sources culturelles vietnamiennes établissent généralement un lien entre le khăn rằn et le krama, le foulard traditionnel des populations khmères, avant d’expliquer son évolution par les échanges et la coexistence des différentes communautés installées dans le delta du Mékong. Il est donc plus juste de parler d’une histoire de transformation et d’appropriation culturelle que de chercher une origine absolument unique.
Cette nuance est particulièrement importante dans le cas du delta du Mékong, une région où les populations vietnamiennes, khmères, chinoises et cham ont vécu en contact pendant de longues périodes. Les traditions vestimentaires, les pratiques artisanales, les habitudes alimentaires et les savoir-faire y ont naturellement circulé d’une communauté à l’autre. Le khăn rằn que l’on connaît aujourd’hui au Vietnam méridional s’inscrit dans cette histoire de rencontres : associé à une tradition textile plus ancienne, il a progressivement été adapté aux usages, aux goûts et aux conditions de vie du Nam Bộ. Il est ainsi devenu un élément familier de la culture méridionale, tout en conservant une parenté visuelle évidente avec le krama.

Le khăn rằn et le krama : deux foulards du monde du Mékong

Pour les voyageurs qui connaissent déjà le Cambodge, la ressemblance entre le khăn rằn et le krama est souvent frappante. Les deux sont des foulards rectangulaires à carreaux, suffisamment polyvalents pour être utilisés aussi bien comme vêtement que comme accessoire pratique. Le krama occupe une place profondément enracinée dans la culture khmère, tandis que le khăn rằn est devenu au fil du temps une expression caractéristique de la culture populaire du Sud du Vietnam. Cette proximité n’a rien d’étonnant lorsque l’on considère l’histoire du bassin du Mékong, où les frontières politiques contemporaines ne correspondent pas toujours aux espaces de circulation historiques des populations et des traditions.
Il serait donc trompeur de présenter le khăn rằn et le krama comme deux objets totalement indépendants, mais il serait tout aussi réducteur de considérer le khăn rằn comme un simple “krama vietnamien”. Le foulard tel qu’il existe au Nam Bộ possède désormais sa propre histoire, ses propres usages et une forte valeur symbolique dans l’imaginaire méridional. Il témoigne justement de cette capacité qu’ont les cultures à évoluer lorsqu’elles se rencontrent : un objet circule, change de forme ou de fonction, puis finit par appartenir pleinement au nouvel environnement dans lequel il s’est installé.

Avec son khăn rằn autour du cou, cette jeune femme incarne une image familière et intemporelle du Sud vietnamien.

Pourquoi le khăn rằn est-il à carreaux ?

Le motif à carreaux constitue sans doute la caractéristique la plus immédiatement reconnaissable du khăn rằn. Les fils horizontaux et verticaux se croisent pour former une succession de petits carrés réguliers, donnant au tissu cette apparence graphique très simple que l’on retrouve encore aujourd’hui sur les modèles traditionnels. Les versions noires et blanches sont probablement les plus connues des visiteurs étrangers, même si les fabricants proposent désormais une palette beaucoup plus large de couleurs, notamment du bleu, du rouge, du violet ou du vert.
Il faut cependant éviter de chercher dans chaque ligne ou dans chaque couleur une symbolique ancienne et systématique. Le charme du khăn rằn tient davantage à son esthétique sobre et à son caractère fonctionnel qu’à un langage complexe de motifs codifiés. Son quadrillage régulier lui donne une identité visuelle immédiatement identifiable, tandis que sa fabrication relativement simple permet de l’adapter à différents usages et à différentes époques. Le même principe explique d’ailleurs pourquoi le foulard a pu conserver son apparence traditionnelle tout en entrant progressivement dans la mode, l’artisanat contemporain et le tourisme culturel.

Un objet du quotidien avant de devenir un symbole

Avant d’être photographié par les visiteurs ou présenté comme un souvenir typique du delta du Mékong, le khăn rằn était avant tout un objet utile. Dans un environnement marqué par la chaleur, l’humidité, les travaux agricoles et les déplacements fréquents sur les voies d’eau, disposer d’un morceau de tissu léger et polyvalent pouvait se révéler particulièrement pratique. Il pouvait protéger la nuque du soleil, retenir la transpiration, couvrir les cheveux ou le visage lorsque la poussière se levait, mais aussi simplement servir de foulard pendant les déplacements.
Cette fonction explique pourquoi le khăn rằn est si intimement associé à l’image des habitants du Sud. Il n’était pas nécessaire d’avoir une occasion particulière pour le porter : il pouvait accompagner une journée de travail dans les rizières, une promenade sur un chemin de campagne, une traversée en bateau ou une matinée au marché. Son histoire est donc moins celle d’un objet précieux conservé à l’abri que celle d’un objet qui s’est usé, lavé, noué, dénoué et transmis au rythme de la vie quotidienne. C’est justement cette banalité originelle qui lui a donné, avec le temps, une valeur culturelle considérable.

Le khăn rằn et l’áo bà ba, une image emblématique du Sud

Dans l’imaginaire collectif vietnamien, il est difficile de séparer complètement le khăn rằn de l’áo bà ba, cette chemise légère traditionnellement associée à la vie rurale du Sud. Ensemble, ils composent une silhouette devenue emblématique du delta du Mékong, notamment dans les représentations de la vie quotidienne des femmes de la région. Les sources culturelles vietnamiennes présentent d’ailleurs régulièrement l’áo bà ba, le khăn rằn et le nón lá comme un ensemble vestimentaire particulièrement représentatif du Sud.
Cette association ne doit toutefois pas donner l’impression que le khăn rằn est exclusivement féminin. Hommes et femmes ont utilisé ce foulard, avec des manières de le porter qui pouvaient varier en fonction des activités et des circonstances. Dans une région où les vêtements traditionnels étaient avant tout conçus pour être pratiques et adaptés au climat, la frontière entre accessoire, vêtement et outil du quotidien était naturellement moins rigide que dans les habitudes vestimentaires occidentales.

Comment porte-t-on le khăn rằn ?

Il n’existe pas une manière unique de porter le khăn rằn, et cette liberté fait partie de son identité. Lorsqu’il est noué autour du cou, il devient un foulard simple et pratique qui accompagne aussi bien les déplacements que les activités quotidiennes. Porté sur la tête, il peut protéger du soleil et de la chaleur ; noué autour du front, il devient particulièrement utile pendant les travaux physiques, tandis que posé sur les épaules, il peut simplement rester à portée de main lorsqu’il n’est pas utilisé.
Cette polyvalence explique également pourquoi le khăn rằn s’est si facilement adapté au tourisme contemporain. Lors d’une excursion dans le delta du Mékong, un voyageur peut le porter de façon très simple, sans chercher à reproduire artificiellement une tenue traditionnelle. Il suffit souvent de le nouer autour du cou ou de le laisser sur les épaules pour retrouver une petite partie de cette esthétique méridionale, à condition de garder à l’esprit qu’il s’agit avant tout d’un objet culturel ayant une histoire bien réelle, et non d’un simple accessoire folklorique.

Le charme du khăn rằn, même sur les plus petits.

Comment fabrique-t-on un khăn rằn ?

Derrière l’apparente simplicité du motif se trouve un savoir-faire textile qui demande plusieurs étapes. La fabrication traditionnelle passe notamment par la préparation des fils, leur teinture, le séchage, le traitement permettant de les renforcer, puis la mise en place sur le métier avant le tissage proprement dit. Le travail exige de la précision, notamment lors de la préparation de la chaîne, car l’équilibre des fils détermine directement la régularité du quadrillage qui caractérise le foulard.
Cette activité textile est particulièrement liée à Long Khánh A, dans la région de Đồng Tháp. Installé sur une île située au milieu du Mékong, le village de tissage de khăn choàng s’est développé au début du XXe siècle et a conservé son activité pendant près d’un siècle. Des reportages vietnamiens ont documenté le travail des artisans et l’organisation de la production, depuis la préparation et la teinture des fils jusqu’au tissage, en soulignant l’importance du savoir-faire transmis entre générations.

Long Khánh A, le village du khăn rằn dans le delta du Mékong

Pour les voyageurs qui souhaitent comprendre concrètement l’histoire du khăn rằn, Long Khánh A, dans la province de Đồng Tháp, constitue une étape particulièrement intéressante. Le village de tissage s’est développé au début du XXe siècle et continue aujourd’hui à produire des khăn choàng, dont les célèbres khăn rằn du Sud. VTV rapportait déjà en 2019 que plus de 55 familles y exerçaient encore le métier du tissage, tandis que des sources plus récentes décrivent la persistance de cette activité malgré les transformations économiques et techniques.
La visite d’un tel village permet surtout de comprendre que le khăn rằn n’est pas simplement un objet sorti d’une usine pour alimenter les boutiques de souvenirs. Il existe derrière chaque pièce un ensemble de gestes techniques et une organisation du travail qui font partie du patrimoine artisanal local. Les machines modernes ont progressivement remplacé certaines étapes manuelles et permettent aujourd’hui d’augmenter la production ou de proposer davantage de couleurs et de modèles, mais l’identité du tissu reste liée au savoir-faire du village et à son histoire.

Un savoir-faire qui a traversé le XXe siècle

Le fait qu’un village de tissage ait réussi à maintenir cette activité pendant plus d’un siècle est particulièrement intéressant dans le contexte de la modernisation du Vietnam. Comme beaucoup de métiers artisanaux, le tissage du khăn rằn a dû s’adapter à l’évolution des goûts, des techniques et des habitudes de consommation. La production contemporaine ne se limite donc plus aux modèles traditionnels noirs et blancs : les couleurs, les dimensions, les matières et les usages se sont diversifiés afin de répondre à de nouveaux marchés.
Cette capacité d’adaptation est probablement l’une des raisons pour lesquelles le khăn rằn reste visible aujourd’hui. Plutôt que de figer le foulard dans une image nostalgique du passé, les artisans ont continué à le faire évoluer. Le motif traditionnel reste immédiatement reconnaissable, mais le tissu peut désormais devenir un accessoire de mode, un objet décoratif, un souvenir de voyage ou même un support utilisé lors d’événements culturels. La tradition ne survit donc pas en restant immobile ; elle survit précisément parce qu’elle trouve de nouvelles façons d’entrer dans la vie contemporaine.

Le khăn rằn dans l’histoire du Sud du Vietnam

Le khăn rằn possède également une dimension historique plus complexe, notamment parce qu’il apparaît dans de nombreuses photographies et représentations du Vietnam du XXe siècle. Pendant les années de guerre, le foulard à carreaux noir et blanc est notamment devenu associé, dans l’iconographie internationale, aux combattants du Front national de libération du Sud-Vietnam. Cette association historique a renforcé sa visibilité bien au-delà de sa fonction initiale d’accessoire quotidien.
Il serait cependant dommage de réduire le khăn rằn à cette période de l’histoire. Le foulard existait dans la vie quotidienne du Sud bien avant d’être chargé de cette dimension politique et militaire, et il a continué à être porté après la guerre. Son histoire dépasse donc largement les images auxquelles il a parfois été réduit dans les représentations occidentales : c’est d’abord un objet de la vie populaire méridionale, profondément lié aux paysages ruraux, au travail et aux habitudes vestimentaires du delta.

Pourquoi le khăn rằn est-il devenu un symbole du Sud du Vietnam ?

Le khăn rằn est devenu un symbole précisément parce qu’il n’avait pas été créé pour en être un. Pendant longtemps, il appartenait au quotidien plutôt qu’aux cérémonies, aux institutions ou aux représentations officielles. Il était porté parce qu’il était utile, léger, facile à entretenir et particulièrement adapté aux conditions de vie du Sud. Avec le temps, cette présence constante dans les gestes ordinaires a fini par transformer le foulard en marqueur culturel.
C’est un phénomène que l’on retrouve dans de nombreuses cultures : les objets les plus représentatifs d’une région ne sont pas nécessairement les plus sophistiqués, mais souvent ceux qui ont accompagné le plus longtemps les habitants dans leur vie quotidienne. Au Vietnam méridional, le khăn rằn appartient précisément à cette catégorie. Il évoque une certaine idée du Nam Bộ, celle d’un territoire de rivières et de canaux où la vie s’est longtemps organisée autour de la terre, de l’eau, du commerce local et d’une grande capacité d’adaptation.

Vêtu de l’áo bà ba et coiffé du khăn rằn, ce musicien fait revivre, au son des instruments traditionnels, l’atmosphère chaleureuse et populaire du Sud du Vietnam.

Le khăn rằn aujourd’hui : entre tradition et création contemporaine

Le khăn rằn n’appartient donc pas uniquement au passé. Dans le Vietnam contemporain, il continue d’apparaître lors d’événements culturels, de spectacles, d’activités touristiques et de manifestations destinées à mettre en valeur le patrimoine du Sud. Les producteurs ont également développé de nouveaux coloris et de nouvelles versions afin de répondre aux goûts actuels, tandis que le motif traditionnel demeure suffisamment reconnaissable pour conserver son identité.
Cette évolution est particulièrement intéressante pour comprendre la manière dont le patrimoine fonctionne au Vietnam. Préserver une tradition ne signifie pas nécessairement reproduire exactement les mêmes objets qu’autrefois. Dans le cas du khăn rằn, la continuité se trouve plutôt dans le motif, le savoir-faire, les usages et la mémoire collective, tandis que les matières, les couleurs et les modes de présentation peuvent évoluer. Le foulard peut ainsi entrer dans une boutique contemporaine ou être porté par un jeune Vietnamien sans perdre pour autant le lien qui l’unit à l’histoire du Nam Bộ.

Pourquoi rapporter un khăn rằn du Vietnam ?

Pour un voyageur étranger, le khăn rằn constitue un souvenir particulièrement intéressant parce qu’il est à la fois léger, facile à transporter et profondément associé à une région précise du pays. Contrairement à certains souvenirs touristiques dont le lien avec la culture locale peut être difficile à établir, ce petit foulard permet de raconter une histoire : celle du Sud du Vietnam, du delta du Mékong, des échanges culturels et d’un savoir-faire textile transmis au fil des générations.
Il peut également être utilisé bien après le voyage, comme foulard, accessoire ou simple objet décoratif, ce qui lui donne une dimension pratique que beaucoup de souvenirs traditionnels n’ont pas. Mais sa véritable valeur ne réside pas dans son prix ou dans son utilité : elle se trouve dans la mémoire qu’il transporte. Un khăn rằn acheté après avoir navigué sur un canal du Mékong ou découvert un village artisanal de Đồng Tháp ne sera jamais tout à fait le même objet qu’un foulard acheté sans connaître son histoire.

Où découvrir le khăn rằn lors d’un voyage au Vietnam ?

Le meilleur contexte pour découvrir le khăn rằn reste naturellement le delta du Mékong, et plus particulièrement les régions du Sud où les traditions rurales et artisanales sont encore très présentes. Une excursion à travers les provinces du delta permet de replacer le foulard dans l’environnement qui lui a donné son sens : les canaux, les vergers, les marchés, les villages, les petites embarcations et les activités agricoles composent encore aujourd’hui le décor auquel il est associé dans l’imaginaire vietnamien.
Pour ceux qui souhaitent approfondir la dimension artisanale, Long Khánh A à Đồng Tháp mérite une attention particulière en raison de son histoire de village de tissage. Pour les voyageurs disposant de moins de temps, une découverte du delta depuis Hô Chi Minh-Ville permet déjà d’approcher cette culture méridionale à travers les marchés locaux, les villages, les ateliers artisanaux et les rencontres avec les habitants. L’intérêt est alors moins de “voir un khăn rằn” que de comprendre l’environnement culturel dans lequel cet objet a pris sa place.

Le khăn rằn, une petite pièce de tissu qui raconte le Mékong

Il existe des objets dont la valeur culturelle dépasse largement leur apparence matérielle. Le khăn rằn en fait partie. Quelques fils entrecroisés suffisent à créer un motif immédiatement reconnaissable, mais derrière ce motif se trouve une histoire beaucoup plus vaste, celle d’une région où les populations et les traditions se sont rencontrées, où les savoir-faire ont circulé et où les objets du quotidien ont progressivement acquis une dimension identitaire.
C’est peut-être pour cette raison que le khăn rằn continue de toucher les voyageurs. Il n’a rien d’extraordinaire au premier regard, mais il devient différent dès que l’on connaît son histoire. Lorsqu’on le voit autour du cou d’un habitant du delta, posé sur l’épaule d’un batelier ou associé à un áo bà ba lors d’une scène de vie rurale, il ne s’agit plus simplement d’un morceau de tissu à carreaux : il devient une petite fenêtre ouverte sur le Sud du Vietnam.
Et si vous en rapportez un dans votre valise après un voyage dans le delta du Mékong, vous emporterez finalement bien plus qu’un souvenir. Vous emporterez un objet qui évoque les eaux brunes du fleuve, les vergers, les chemins de campagne, les villages de tisserands et cette simplicité caractéristique du Nam Bộ. Le khăn rằn ne résume évidemment pas à lui seul toute la culture du Sud du Vietnam, mais il en constitue l’un des signes les plus simples, les plus familiers et, peut-être justement pour cela, les plus attachants.

FAQ : tout savoir sur le khăn rằn

1. Qu’est-ce que le khăn rằn ?
Le khăn rằn est un foulard traditionnel particulièrement associé au Sud du Vietnam et au delta du Mékong. Il se reconnaît à son motif à carreaux et a longtemps été utilisé comme accessoire pratique dans la vie quotidienne, notamment pour se protéger du soleil et absorber la transpiration. Il est aujourd’hui devenu l’un des symboles culturels les plus reconnaissables du Nam Bộ.

2. Quelle est l’origine du khăn rằn ?
L’origine exacte du khăn rằn n’est pas établie avec certitude. Les sources culturelles vietnamiennes le rapprochent généralement du krama traditionnel des populations khmères et expliquent son développement dans le Sud du Vietnam par les échanges et la coexistence des différentes communautés du delta du Mékong.

3. Quelle est la différence entre le khăn rằn et le krama ?
Le krama est un foulard traditionnel profondément associé à la culture khmère, notamment au Cambodge, tandis que le khăn rằn correspond à la forme devenue caractéristique du Sud du Vietnam. Les deux présentent des similitudes évidentes, mais le khăn rằn possède aujourd’hui une histoire et une place propres dans la culture populaire du Nam Bộ.

4. Pourquoi le khăn rằn est-il à carreaux ?
Le motif caractéristique du khăn rằn résulte du croisement des fils horizontaux et verticaux lors du tissage. Les modèles traditionnels sont notamment associés au noir et blanc ou au brun et blanc, même si les versions contemporaines proposent aujourd’hui de nombreuses autres couleurs.

5. À quoi sert traditionnellement le khăn rằn ?
Le khăn rằn est avant tout un accessoire pratique. Il peut être porté autour du cou, sur la tête, autour du front ou sur les épaules afin de se protéger du soleil, de la poussière et de la transpiration, ce qui explique son adaptation particulièrement réussie aux conditions de vie du Sud du Vietnam.

6. Où fabrique-t-on les khăn rằn au Vietnam ?
L’un des principaux centres traditionnels de fabrication se trouve à Long Khánh A, dans la région de Đồng Tháp, au cœur du delta du Mékong. Le village de tissage de khăn choàng y existe depuis le début du XXe siècle et continue à produire des foulards malgré l’évolution des techniques et des modes de consommation.

7. Peut-on visiter un village de fabrication de khăn rằn ?
La région de Long Khánh A est particulièrement intéressante pour découvrir l’artisanat associé au khăn rằn et comprendre les différentes étapes du tissage. Pour un voyageur intéressé par les savoir-faire locaux, cette découverte peut compléter une excursion plus générale dans le delta du Mékong.

8. Le khăn rằn est-il encore porté aujourd’hui ?
Oui. Même si son usage quotidien a évolué avec la modernisation des modes de vie, le khăn rằn reste très présent dans les représentations culturelles du Sud du Vietnam, les manifestations traditionnelles, les activités touristiques et certains usages contemporains. Les producteurs proposent également aujourd’hui une grande variété de couleurs et de modèles.

9. Est-ce un bon souvenir à rapporter du Vietnam ?
Oui, particulièrement si vous voyagez dans le Sud. Léger, facile à transporter et directement associé à la culture du delta du Mékong, le khăn rằn constitue un souvenir simple qui possède une véritable histoire locale et peut encore être utilisé longtemps après le voyage.

 

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