
Teinture indigo (le chàm) au Vietnam : Tradition vivante des ethnies
- Mis à jour le 15 Jan, 2026 Par: Tue Minh LE
Avant d’être une couleur, le chàm, ou teinture indigo traditionnelle, est une mémoire. Une mémoire silencieuse inscrite dans les fibres du coton, transmise de génération en génération, portée sur le corps et vécue au quotidien par de nombreuses ethnies vietnamiennes. Pour le voyageur français en quête d’authenticité, le chàm n’est pas un simple élément esthétique : il est une porte d’entrée vers une compréhension plus profonde du Vietnam rural, montagnard et ancestral.
Au nord comme au centre du pays, dans les vallées reculées ou sur les hauts plateaux, le bleu indigo rythme encore la vie quotidienne. Il habille les femmes, protège les enfants, accompagne les rituels et affirme l’identité d’un peuple. À l’heure de la mondialisation textile, cette tradition millénaire résiste, fragile mais vivante, portée par celles qui en sont les gardiennes : les femmes.

Qu’est-ce que le chàm et d’où vient le bleu indigo ?
Le chàm désigne à la fois la plante tinctoriale et le processus de teinture naturelle permettant d’obtenir le bleu indigo. Au Vietnam, cette technique est attestée depuis des siècles, bien avant l’introduction des colorants chimiques. Elle repose sur l’utilisation de plantes locales, principalement issues du genre Indigofera, cultivées ou cueillies dans la nature.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le bleu n’existe pas directement dans la plante. Il naît d’un long processus de transformation, de fermentation et d’oxydation. Le chàm est donc le résultat d’un dialogue patient entre l’homme, la plante, l’eau et le temps.
Historiquement, cette teinture s’est développée dans les régions montagneuses du Vietnam, là où vivaient et vivent encore de nombreuses ethnies minoritaires. Le bleu indigo s’est imposé pour des raisons à la fois pratiques et symboliques. Résistant, il protège les tissus contre l’usure et les insectes. Symbolique, il évoque la terre, le ciel, la stabilité et l’appartenance communautaire.
Dans les sociétés traditionnelles vietnamiennes, se vêtir de chàm n’est jamais un acte neutre. La profondeur du bleu, sa matité ou sa brillance, racontent une histoire : celle d’un village, d’une ethnie, parfois même d’un statut social.
Un savoir-faire long, exigeant et profondément écologique
La teinture indigo traditionnelle au Vietnam est un processus lent, qui demande expérience, intuition et patience. Rien n’y est mécanisé. Tout repose sur l’observation et la transmission orale.

La première étape est la récolte des feuilles de chàm. Selon les régions, les plantes sont cultivées près des maisons ou cueillies à l’état sauvage. Les feuilles sont ensuite plongées dans de grandes jarres remplies d’eau, où elles fermentent pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. Cette fermentation libère progressivement le pigment.
Une fois le liquide prêt, il est filtré et transformé en bain de teinture. Le tissu – généralement du coton ou du chanvre tissé à la main – est alors plongé, retiré, essoré, puis exposé à l’air. C’est à ce moment précis que la magie opère : au contact de l’oxygène, le tissu passe du vert jaunâtre au bleu profond.
Ce geste est répété de nombreuses fois. Plus le tissu est plongé, plus le bleu devient intense. Certains vêtements traditionnels nécessitent des dizaines de bains, répartis sur plusieurs semaines. Rien n’est précipité. Le temps fait partie intégrante de la couleur.
Enfin, le tissu est lavé, parfois battu ou frotté avec de la cire ou des feuilles spécifiques afin de fixer la teinture et lui donner cet aspect mat et vivant si caractéristique du chàm.
Le bleu indigo comme marqueur d’identité culturelle
Au Vietnam, il n’existe pas un chàm, mais des chàm, autant que d’ethnies et de territoires.
Chez les Hmong, le bleu est souvent très sombre, presque noir. Les tissus sont épais, résistants, parfois décorés de motifs en cire (batik) avant la teinture, créant des contrastes subtils entre le bleu et le blanc. Le vêtement devient alors un véritable langage visuel.
Les Dao, quant à eux, associent le chàm à des broderies rouges et blanches, créant une esthétique forte et immédiatement reconnaissable. Le bleu sert ici de fond, mettant en valeur les symboles protecteurs cousus à la main.
Chez les Tày et Nùng, le bleu est plus doux, plus clair. Les vêtements sont sobres, élégants, reflétant une vision du monde marquée par l’équilibre et la discrétion.
Chaque technique, chaque nuance, chaque motif raconte une histoire locale. C’est cette diversité qui fait la richesse du patrimoine textile vietnamien, à découvrir plus largement à travers le tissage et la culture des montagnes.
>> À lire également : Le tissage, la couleur culturelle de la montagne du Vietnam
Les femmes, mains bleues et mémoire vivante du chàm
Dans les villages où l’on pratique encore la teinture indigo traditionnelle au Vietnam, le chàm est avant tout une histoire de femmes. Ce sont elles qui, depuis des générations, en portent la connaissance, la patience et la responsabilité.

La femme est celle qui plante le chàm, veille sur la croissance des feuilles, observe la saison et la terre. Elle est aussi celle qui prépare les bains de teinture, surveille la fermentation, ajuste les gestes selon la couleur souhaitée. Chaque mouvement est précis, appris par l’expérience plus que par les mots.
Elle est encore celle qui coud et façonne les vêtements de toute la famille. Des habits du quotidien aux tenues cérémonielles, chaque pièce est le fruit d’un travail long, souvent invisible, mais essentiel. Rien n’est laissé au hasard : la profondeur du bleu, la texture du tissu, la solidité des coutures.
L’apprentissage du chàm commence très tôt. Une jeune fille apprend en regardant sa mère, sa grand-mère. Elle observe, aide, répète. Le savoir ne se transmet pas dans des livres, mais dans le silence des gestes répétés, au fil des saisons.
Teindre un tissu n’est jamais un acte purement utilitaire. Le chàm est préparé pour les fêtes, pour les grandes cérémonies, pour les mariages, pour les moments qui marquent une vie. Chaque vêtement teint à l’indigo accompagne un passage, une transformation, un souvenir.
La main de la femme qui teint le tissu est aussi celle qui conserve la mémoire de toute une communauté.
Ainsi, à travers le chàm, les femmes ne transmettent pas seulement une technique artisanale. Elles préservent une identité, un lien social, une continuité entre les générations.
Le chàm, entre héritage ancestral et aspirations contemporaines
Aujourd’hui, le chàm ne disparaît pas. Il se transforme. Il trouve de nouvelles formes d’expression dans un monde en quête de sens, de lenteur et d’authenticité.
Le bleu indigo réapparaît dans la mode durable, portée par des créateurs sensibles à l’artisanat et aux matières naturelles. Le chàm n’est plus seulement un vêtement traditionnel : il devient un choix éthique, un refus de la production de masse, une affirmation de valeurs.
Dans les régions montagneuses du Vietnam, la teinture indigo s’inscrit également au cœur du tourisme communautaire. Les visiteurs ne viennent plus uniquement admirer un costume ou acheter un tissu. Ils souhaitent comprendre, voir, toucher, expérimenter.
Les ateliers de teinture indigo, organisés dans les villages, permettent aux voyageurs de suivre chaque étape du processus : cueillir les feuilles, plonger le tissu, observer la transformation de la couleur. Cette expérience crée un lien direct entre l’artisan et le visiteur, entre tradition et modernité.
Pour de nombreux voyageurs français, le chàm devient un symbole. Celui d’un art de vivre plus lent, d’un rapport respectueux à la nature, d’un temps retrouvé. Porter un tissu indigo, ce n’est plus seulement porter une couleur : c’est porter une histoire.
Ainsi, le chàm s’impose aujourd’hui comme un emblème du slow living, de la mode responsable et du respect de l’environnement. Il rappelle que certaines traditions, loin d’appartenir au passé, ont encore beaucoup à dire au monde contemporain.
>> À lire également : 6 règles de vie à respecter avec les ethnies du Vietnam

Conclusion
La teinture indigo au Vietnam n’est ni folklorique ni figée. Elle est vivante, fragile, humaine. Elle raconte l’histoire de peuples qui ont su dialoguer avec la nature, transformer une plante en identité, et inscrire leur mémoire dans le tissu même de leur quotidien.
Pour les voyageurs français en quête de sens, le chàm est une invitation à ralentir, à observer, à écouter. Une invitation à découvrir le Vietnam au-delà des paysages, à travers les gestes, les couleurs et les femmes qui en sont les gardiennes.
Et c’est souvent dans ce bleu profond, imparfait et vibrant, que le Vietnam révèle sa plus grande authenticité.
Dans le cadre d’un voyage au Vietnam axé sur la rencontre et la culture, découvrir la teinture indigo permet de comprendre les enjeux actuels des ethnies vietnamiennes, leurs coutumes et leur adaptation au monde moderne
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